Impacts des mesures gouvernementales dans le mouvement communautaire

Déclaration commune des organismes membres de la CDC des Chenaux

Les organismes et entreprises d’économies sociales membres de la Corporation de développement communautaire (CDC) des Chenaux estiment que les impacts négatifs des mesures de « rigueur » imposées par le Gouvernement du Québec seront beaucoup plus importants que les effets escomptés sur la situation économique de la province.

Le milieu communautaire est composé d’organismes regroupant des personnes désireuses de répondre à des besoins réels de leurs concitoyens et de leurs communautés. Comme le dit bien la TROC-CQM, « le communautaire c’est l’autre système de santé et services sociaux ». Mais c’est aussi plus que ça (défense de droits, familles, emploi, etc.). Depuis toujours, c’est avec peu de moyens qu’ils ont fait une grande différence dans la vie de personnes qui sont souvent exclues, marginales ou se retrouvent dans des situations auxquelles un système conçu pour la majorité ne peut remédier.

Le milieu communautaire est le résultat de la prise en charge par les citoyens de leur avenir et, de ce fait, il a considérablement contribué à l’évolution de la société, à concrétiser et réaliser le « vivre ensemble ». Les services offerts par les groupes communautaires sont complémentaires aux services publics et ne devraient pas être de la sous-traitance à bon marché. Notre autonomie est garante d’une réponse adéquate aux besoins de notre milieu.

D’un côté, nous croyons que les coupures dans les différents programmes contribueront à fragiliser l’accès des citoyens aux services publics. Dans bien des cas, ces citoyens « orphelins » devront se tourner vers les ressources communautaires qui, bien entendu, les accueilleront à bras ouvert. Parce que c’est ce que nous faisons, c’est notre raison d’être.

Mais combien de temps pourrons-nous encore le faire? Est-ce que le milieu communautaire sera reconnu à sa juste valeur et soutenu adéquatement? Permettez-nous d’en douter! Et vers qui pourrons-nous nous tourner, alors que l’on sabre aussi dans les instances régionales et les municipalités, ce qui nous prive de précieux partenaires?

 AQDR des Chenaux (Mme Gilberte Faucher, présidente);
APEVAh des Chenaux;
Bulletin des Chenaux;
CAB des Riverains (Mme Marie-Claude Samuel, directrice générale);
CAB de la Moraine (Mme Louise Baillargeon, directrice générale);
CJE TR-MRC des Chenaux (M. Luc Lanciault, président)
CDC des Chenaux (M. Jean Brouillette, coordonnateur);
Fonds communautaire des Chenaux;
MASSE des Chenaux (M. Martin Couture-Pineau, président);
Maison de la famille des Chenaux (Mme Diane Aubut, directrice générale);
Maison de Transition (Mme Line Bédard, directrice générale);
Proches aidants des Chenaux.

 

Tour d’horizon des impacts dans certains organismes

 

Corporation de développement communautaire (CDC) des Chenaux

La subvention provenant du Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales (SACAIS) n’a jamais été indexée. Le nouveau protocole d’entente a été raccourci sur 16 mois plutôt que 4 ans, comme il était prévu.

C’est au niveau du financement par projet que les impacts sont les plus importants. Le Fonds Québécois d’initiatives sociales (FQIS) ne sera pas reconduit. Géré par la Conférence régionale des élus (CRÉ), le FQIS a permis de financer des projets à hauteur de 33 000$ dans les trois dernières années. Des projets qui permettaient entre autres de consolider une ressource à temps plein, qui sera désormais à 7 heures par semaine.

La fermeture du CLD implique aussi une perte de revenus ponctuels, mais c’est aussi la perte d’un lieu d’influence pour la société civile. C’est aussi le passage du pacte rural vers un fonds de développement du territoire. Cette source de financement pour des projets autres que municipaux sera-t-elle aussi accessible pour des projets d’initiative citoyenne?

Maison de transition de la Batiscan

On prévoit que la Maison de transition essuiera des pertes de l’ordre de 22 000$ à 30 000$ par année, conséquence directe des coupures à l’aide sociale. Lorsqu’un bénéficiaire entre en maison de thérapie, il est considéré comme hébergé et se fait couper la part prévue pour le logement sur son chèque d’aide sociale. Il en coûte 190$ par mois à la Maison de transition, ce qui inclut les traitements.

À court terme, l’organisme fonctionnera quand même, mais plusieurs personnes qui auraient besoins des services d’une maison de thérapie préféreront tout de même rester chez eux plutôt que de voir leur chèque couper. Déjà, la liste d’attente est plus courte qu’elle ne l’a jamais été. Le manque à gagner se creusera inévitablement. À moyen terme, on ne pourra éviter des coupures de postes. La maison de transition emploie 15 personnes.

Ce sont les impacts sociaux qui sont les plus considérables. On parle de personnes qui ont des troubles de santé mentale lié à une problématique de toxicomanie. Ce sont de gens qui sont à haut risque d’itinérance et aussi de se retrouver dans les hôpitaux ou les centres de détention. Ce qui représente, il faut le dire, un coût bien plus important qu’une maison de thérapie.

Association des personnes vivant avec un handicap (APEVAH) des Chenaux

D’abord, on prévoit un gel des budgets pour au moins trois ans. Alors que la fréquence des ateliers devait augmenter à 5 jours par semaine, au contraire on est passé de 4 à 3 jours par semaine et l’on ne sait si l’on pourra supporter la ressource qui a été embauché pour répondre à une demande de service de l’Agence de santé et services sociaux. Le financement qui été prévu ne suivra finalement pas.

Le gel est un frein direct pour tous les projets de développement de l’organisme. Des organismes partenaires ont également été touchés, comme Centraide ou l’Unité régionale de loisir et sport, ce qui crée encore de l’incertitude quant à l’avenir. Afin d’assurer le fonctionnement et la poursuite des services de base, on devra couper dans certaines activités et sorties pour les membres.

Centre d’action bénévole de la Moraine

La subvention provenant Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) est gelée pour trois ans. L’indexation de 1% ne suit pas le coût de la vie et signifie seulement 1 400$ de plus. Pour ne pas affecté les services courants et les bénévoles, le personnel a accepté de réduire les heures travaillées de 35 à 32 ½ heures/semaine. Une première en 35 ans d’existence.

La fin du FQIS signifie aussi un retour de trois ans en arrière pour le comptoir alimentaire, alors que le nombre de bénéficiaires va croissant (plus de 105 dans la dernière année). Deux ressources, dont une à temps plein, étaient affectées au projet de sécurité alimentaire. En septembre, l’équipe passera donc de 5 à 3 personnes. L’organisme va tenter de consolider et maintenir ses services à un moment où les besoins sont croissants, notamment du côté des popotes roulantes et de l’accompagnement-transport.

Centre d’action bénévole des Riverains

Même chose au niveau du financement. Tout développement est complètement stoppé. Sur 4 employés à temps plein, 2 passeront à 4 jours/semaine pour la prochaine année.

Afin de récupérer du temps-ressource au Centre, le point de service de l’école secondaire Le Tremplin sera ouvert 4 heures par semaine plutôt que 8.

Les fonds auparavant disponibles pour les projets ne le sont plus et les coupures dans les instances régionales et les municipalités risquent de priver l’organisme de précieux partenaires. De plus, Centraide, autre bailleur de fonds, a annoncé qu’il ne soutiendrait désormais que les organismes qui une mission unique de lutte à la pauvreté. Certains verront leur aide majoré, mais d’autres comme le CAB seront certainement coupés. L’aide accordé par Centraide permettait au Centre de demeurer ouvert en été.

Fonds communautaire des Chenaux (FCDC)

La subvention octroyée par l’Agence de santé et service sociaux ne sera pas indexé à l’indice du coût de la vie, alors même que le niveau de financement souhaitable n’est pas atteint. Les services devront être évalués, notamment le service Sacs d’école. Dans ses prévisions budgétaires, l’organisme devra piger dans le budget des activités pour assurer le fonctionnement.

Le projet de stage d’aide-cuisinier, soutenu par le FQIS se termine en juin et ne pourra être reconduit pour une 3e année. Il permettait une intégration au marché du travail pour une douzaine de personnes depuis trop longtemps hors du marché du travail. Le FCDC devra couper une ressource de 3 jours/semaine.

De plus, les demandes de service augmentent et le Centre de santé et services sociaux réfère davantage de personnes à l’organisme.

Maison de la famille des Chenaux

C’est une perte de revenu de 25 000$ qui survient à cause de l’arrêt du FQIS et de Réunir Réussir (R2). On est aussi en attente pour connaître l’avenir du projet pour les pères. Pour la première fois, un poste devra être coupé.

À 56 000$, le financement de base est déjà bas pour un organisme milieu de vie comme la Maison de la famille, seule pour desservir toute la MRC.

La mission sera maintenue au moins jusqu’en 2017. L’organisme est soutenu financièrement à travers différents programmes, fédéraux et provinciaux, notamment par le ministère de la Famille et, dans une moindre mesure, le PSOC. Il y a aussi des programmes comme Avenir d’enfants et des ententes avec le Centre de santé et services sociaux.

Mouvement d’actions solidaires des sans-emploi (MASSE) des Chenaux

Comme organisme de défense de droits, 70% de son financement provient du SACAIS, dont le nouveau protocole d’entente est de 18 mois plutôt que 3 ans.

Pas de coupure, mais pas non plus de majoration comme l’avait fait miroiter le gouvernement précédent. Une hausse qui aurait été bienvenue, compte tenu de l’augmentation de demandes d’information et de services (1 fois et demi de plus que l’an dernier), conséquence directe des changements survenus tant à l’aide sociale qu’à l’assurance emploi dans les dernières années.

Association québécoise de défense des droits des retraités et préretraités (AQDR) des Chenaux

C’est aussi un organisme en défense de droit financé par le SACAIS. L’AQDR n’a pas été augmenté depuis 5 ans. Dans le contexte, il n’y a pas de développement en vue.

Service de secrétariat communautaire des Chenaux (SSCDC)

Moins de projets dans les organismes qui sont les clients du SSCDC, amène automatiquement moins de travail à facturer. L’organisme qui n’obtient aucun financement récurrent dépend entièrement de ses contrats et les organismes communautaires constituent 97% de sa clientèle.

Soutien à domicile des Chenaux

Il est trop tôt pour parler d’impacts négatifs dans ce cas. Entreprise d’économie sociale en aide domestique (EÉSAD), le Soutien à domicile se trouve à un tournant avec son lot d’incertitudes. Au Québec, les EÉSAD intègrent de plus en plus, mais de façon timide, les activités de vie quotidienne (AVQ) à leur service. C’est une opportunité d’économie pour le système de santé et une opportunité de développement pour l’entreprise. Mais tout semble à faire dans cette nouvelle structure qu’est le CIUSSS. Financement, territoire desservi, balises, rien n’est encore bien défini.