L’ancienne station-service de Champlain : unique au Québec

975-Notre-Dame-ChamplainBâtie en 1935 par la Compagnie Champlain Oil Products Limited, cette station-service est le dernier vestige de cette image de marque, conservé presque intact dans la province de Québec. Située sur le Chemin du Roy, elle ferme définitivement ses portes en 2008 après avoir servi les automobilistes pendant plus de 73 ans…

La Compagnie Champlain Oil Products Limited naît de la fusion de plusieurs petites entreprises, en 1932, par Charles-Émile Trudeau, le père de l’ancien premier ministre du Canada, Pierre-Elliot Trudeau, et grand-père de l’actuel chef du Parti libéral du Canada. En plus de posséder de l’essence et des produits pétroliers, Charles-Émile possédait le Parc Belmont et était propriétaire des Royaux de Montréal (équipe professionnelle de baseball). Son réseau de stations-services est vendu à la compagnie Imperial Oil pour la somme de 1,4 million de dollars et en demeure le président-directeur général.

Le 26 janvier 1935, Thomas Hébert vend une parcelle de son terrain à la Compagnie Champlain Oil Products Limited, pour la somme de 800 $. Le petit garage est construit la même année.

À cette époque, l’énorme popularité de l’automobile engendre une augmentation rapide du marché de l’essence qui, auparavant, était un marché peu important de sous-produits du pétrole fabriqués par les compagnies productrices de kérosène pour l’éclairage et de lubrifiants pour la machinerie. De plus, elle entraîne le développement d’un nouveau type d’installation : la station-service.

Ces nouvelles stations-service sont créées par les compagnies pétrolières qui veulent que leurs stations d’essence se fondent dans les quartiers résidentiels, qu’elles ressemblent aux maisons environnantes. Beaucoup de ces bâtiments sont préfabriqués pour des raisons pratiques et économiques. Certaines compagnies commencent à copier des styles d’architecture reconnus dans l’espoir de mettre en place leur image de marque. Leurs concepteurs et entrepreneurs s’inspirent de l’architecture ancienne;  la station d’essence de Champlain possède un toit en tôle à baguettes, deux petites cheminées et un revêtement blanc. Fait curieux et intéressant, la section est possède des imitations de murs coupe-feu, typique de la vieille maison d’influence française. Également, deux petites fenêtres aux allures néo-romanes y sont visibles. Ce sont les employés de la Compagnie Champlain Oil Products Limited qui exploite la station d’essence jusqu’en 1969, année où le garage est vendu à Richard Lafrance pour 4 000 $. Il est ainsi exploité avec vente d’essence et mécanique pendant plus de 11 ans, sous l’enseigne Esso. En 1981, Richard Lafrance le vend à René Chorel, au coût de 50 000 $. En 1987, un trouble d’origine électrique cause un incendie qui ravage l’intérieur. La bâtisse incendiée est vendue l’année suivante à Gaston Dumas, au prix de 18 500 $. Tout l’intérieur est reconstruit et le «Garage chez Gast» est opérationnel jusqu’en 2006. De 2006 à 2008, Yannick Sauvé et Isabelle Gélinas y tiennent un comptoir de produits cuisinés portant le nom de «Les gourmandises de Champlain ». Leur compagnie déclare faillite le 21 juillet 2009.

En 2010, le conseil municipal de Champlain, cite le bâtiment comme monument historique, conformément à la Loi sur les biens culturels du Québec. Cette citation implique que le bâtiment doit être conservé en bon état et que ses principales caractéristiques doivent être préservées.

 

Par Marie-Pier Lemaire
Agente de développement culturel de la MRC des Chenaux

 

 

(Sources : Macfarlane, Kate. «Station-service». Dans Encyclopédie canadienne [En ligne]. Beaudoin, René (après 2010). «Le petit garage à protéger». Le Postillon (Champlain).)