Les « grandes digues »

La Chronique historique de juillet 2017

La dernière crue printanière du fleuve Saint-Laurent a été l’occasion pour plusieurs riverains de se remémorer les inondations des dernières années et des dernières décennies. Aucun d’entre nous ne pouvait toutefois témoigner de crues aussi dévastatrices que celles vécues par nos prédécesseurs au 19e siècle.

La mise en service de navires brise-glaces sur le Saint-Laurent, au début du 20e siècle, a en effet permis d’éliminer progressivement les embâcles, notamment entre Trois-Rivières et Québec. Auparavant, chaque printemps était l’occasion de remercier les ponts de glace de leurs loyaux services ou de maudire leur absence durant un hiver trop doux et de pronostiquer sur le danger que les banquises descendant le fleuve forment de solides digues dans ses sections étroites. Aux mois d’avril 1865 et 1896, des embâcles de glace dans les environs des pointes de Grondines ont ainsi été la cause de deux des pires inondations de la seconde moitié du 19e siècle.

De Sainte-Anne-de-la-Pérade jusqu’aux environs de Sorel, la crue extraordinaire des eaux du Saint-Laurent a alors provoqué d’immenses dégâts : maisons et granges emportées, animaux de ferme noyés, quais détruits, etc. Si les eaux du fleuve ont atteint un niveau plus élevé en 1896, l’inondation de 1865 a été la plus dramatique. Cette année-là, une trentaine de femmes et d’enfants meurent noyés dans les îles de l’archipel du lac Saint-Pierre. Plus que l’eau, ce sont toutefois les banquises que celle-ci porte à l’intérieur des terres que les riverains craignent par-dessus tout. À cette époque, les crues printanières font en quelque sorte partie du paysage et l’eau qui pénètre dans les maisons constitue nécessairement un événement désagréable, mais pas une catastrophe.

Au-delà de leur ampleur, les inondations d’aujourd’hui et d’autrefois se distinguent donc également par la façon dont elles sont vécues par les riverains. Et parce que nous occupons aujourd’hui des sections autrefois inhabitées des rives du Saint-Laurent, nous sommes maintenant vulnérables face à des crues qui, à l’époque des grandes digues, auraient été accueillies par un grand soupir de soulagement.

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