Histoire de patronage

La Chronique historique d'octobre 2017

Moins utilisé aujourd’hui, l’anglicisme patronage a longtemps fait partie du langage courant des Québécois pour désigner le favoritisme exercé par des politiciens dans l’attribution de charges publiques. La correspondance conservée par Conrad Godcher, de Batiscan, nous ouvre une fenêtre sur cette pratique dans les années 1920 et 1930.

Le 12 avril 1923, Conrad Godcher est informé qu’il a « été nommé permanent comme Agent des Signaux [sur le fleuve Saint-Laurent] à la station de Pointe Citrouille [Batiscan] », un poste qu’il occupe depuis au moins le « 1er avril 1921 ». Or, trois mois plus tard, le Département de la Marine et des Pêcheries le relève de ses fonctions pour cause de partisanerie politique. Nommé à ce poste pendant que le parti conservateur formait le gouvernement à Ottawa, Conrad Godcher est démis de ses fonctions alors que le parti libéral de Mackenzie King est au pouvoir.

Une lettre d’Albéric Angers, datée du 6 juin 1923, montre que Conrad Godcher sentait la soupe chaude depuis quelque temps. Possiblement employé par la compagnie de navigation White Star-Dominion Line, Angers fait état de ses démarches auprès d’un « homme puissant » pour l’aider à conserver son poste. Il souligne toutefois que s’il « s’est occupé d’élections ou de politique, la question devient très délicate. »

Une douzaine d’années plus tard, l’histoire se répète. Les élections fédérales de 1935 chassent le parti conservateur du pouvoir et Conrad Godcher perd de nouveau son emploi au ministère de la Marine. Encore une fois, il utilise ses relations pour tenter de récupérer son poste. En vain. Contacté par le Secrétaire d’État du Canada, le député de Champlain, Hervé-Edgar Brunelle, aurait affirmé qu’il a lui-même recommandé son renvoi et qu’il « préférerait donner sa démission que de voir aucun membre de la famille Godcher obtenir une faveur du parti libéral. »

 

Par François Antaya

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