Les industries féminines de Saint-Narcisse

Chronique historique - édition de juillet 2018

Au recensement canadien de 1871, l’instituteur A.N. Dostaler dénombre à Saint-Narcisse une vingtaine de petits établissements industriels où l’on transforme diverses matières en articles d’usage ou de consommation : moulin à scie, manufacture de moulin à battre, forgeron, faiseur de raquettes, etc. Parmi ceux-ci, cinq appartiennent à des femmes qui se déclarent couturière ou cordonnière : Marie Trudel, Lucile Prénovost, Élise Massicotte, Philomène Desjarlais et Euphrosine Arseneau.

Les trois couturières, Marie Trudel, Philomène Desjarlais et Euphrosine Arseneau, déclarent transformer notamment des étoffes, du drap, du tweed, du casimir, de la soie pour fabriquer toutes sortes de vêtements : surtouts, capots, vestes, pantalons, chapeaux, etc. Quant aux cordonnières, Lucile Prénovost et Élise Massicotte, elles transforment le cuir, le brai (enduit) et le ligneul (fil) en bottes, bottines et souliers. Aucune de ces petites industries n’emploient plus de deux travailleurs et leur production est par conséquent plutôt limitée.

Âgées respectivement de 22 et 21 ans, Élise Massicotte et Lucile Prénovost sont mariées depuis peu à des cultivateurs et déclarent n’avoir consacrées dans l’année que quelques mois à leurs activités de cordonnières. Les trois couturières sont quant à elles plus âgées. Célibataires, Marie Trudel, 39 ans, et Philomène Desjarlais, 28 ans, habitent toutes deux dans la famille de ce qui semble être leur soeur ou leur cousine, mariées à des cultivateurs. La troisième, Euphrosine Arseneau, est une veuve de 52 ans à la tête d’un ménage composé entre autres de ses deux fils de 23 et 15 ans qui se déclarent cultivateurs.

Jeunes mariées, célibataires et veuve, les cinq femmes sont à des stades différents de leur vie, mais semblent être animées par la même motivation : contribuer financièrement au budget du ménage grâce à leurs talents manuels. Elles ne sont pas les seules femmes qui fabriquent alors des vêtements, mais pour mieux subvenir aux besoins de leurs familles, elles ont choisi de devenir de véritables artisanes et de vendre leurs productions.

 

Par François Antaya, historien